mercredi 3 mars 2010
Tunisie : Lâinvestissement pub malade du dĂ©ficit de la concurrence ?
Par Yves Palma, mercredi 3 mars 2010 à 11:02 :: General
La publicitĂ©, un rĂ©vĂ©lateur de lâĂ©tat de la concurrence dans une Ă©conomie ? Oui, selon Hassen Zargouni, qui a conceptualisĂ© cette rĂšgle en observant le comportement des opĂ©rateurs Ă©conomiques, notamment dans les quatre pays du Maghreb oĂč Sigma Conseil est prĂ©sent. Le patron de ce cabinet dâĂ©tudes en marketing est formel : «Il y a plusieurs indicateurs pour analyser le niveau de la concurrence dans un pays, mais câest lâinvestissement publicitaire qui est infaillible». Mais le marqueur ce nâest pas seulement «lâinvestissement publicitaire, câest-Ă -dire les budgets allouĂ©s Ă lâachat dâespace mĂ©dia, pour que les annonceurs puissent rencontrer leur clientĂšle», mais cet investissement rapportĂ© au produit intĂ©rieur brut, câest-Ă -dire à «la capacitĂ© dâun pays Ă crĂ©er des richesses». Et «plus ce rapport est fort, plus la rĂ©glementation commerciale ainsi que les Ă©changes de biens et de services sont libĂ©raux». De mĂȘme, la prĂ©sence dâacteurs Ă©conomiques ayant des positions dominantes est caractĂ©ristique des pays dont le marchĂ© «manque de profondeur». Sur ce genre de marchĂ©, «on a gĂ©nĂ©ralement un leader distançant, et de trĂšs loin, quelques challengers», observe le prĂ©sident directeur gĂ©nĂ©ral de Sigma Conseil. Qui considĂšre que la Tunisie se trouve dans ce cas de figure, avec un investissement publicitaire plutĂŽt faible et plusieurs secteurs dâactivitĂ© dominĂ©s par une entreprise omnipotente. Câest le cas, par exemple, de lâindustrie du lait avec DĂ©lice Danone, du profilĂ©, avec Tunisie ProfilĂ©s Aluminium (groupe Bayahi), de lâindustrie du meuble avec Meublatex, etc., constate Hassen Zargouni.
Autre indicateur significatif, «le modĂšle Ă©conomique dâun pays, basĂ© sur la consommation intĂ©rieure ou lâouverture sur lâĂ©tranger». La Tunisie «nâencourage pas la consommation, mĂȘme en temps de crise», analyse Hassen Zargouni. A lâinverse, au Maroc, «le pays dĂ©rĂ©gulateur par excellence, oĂč les lois sont les plus libĂ©rales, le modĂšle Ă©conomique est basĂ© sur la consommation intĂ©rieure, et câest ce qui leur a permis de tenir le coup durant la crise», estime notre interlocuteur.
De ce fait, ce pays rĂ©unit toutes les conditions pour que «le marchĂ© publicitaire se dĂ©veloppe en rapport avec la taille de lâĂ©conomie». Les chiffres le dĂ©montrent, note Hassen Zargouni.
Ainsi, le rapport Investissement publicitaire/PIB est de 6,3 pour mille au Maroc, contre 2,5 en Tunisie et seulement 1 en AlgĂ©rie âsoit 12,7 euros par habitant, dans le premier, 7,1 euros, dans le second et 3,4 euros, dans le troisiĂšme- en France «qui est un pays mĂ©dian en Europe», en matiĂšre dâinvestissement publicitaire, remarque le patron de Sigma Conseil. Et le leadership marocain dans ce domaine est un peu paradoxal, puisque le pouvoir dâachat par individu est «le plus bas du Maghreb central».
Hassan Zargouni exclut un boom de lâinvestissement publicitaire en Tunisie, «à moins que les pouvoirs publics nâaccordent une attention plus grande Ă lâĂ©tat des marchĂ©s dits stratĂ©giques». Ce que le PDG de Sigma Conseil appelle de ses vĆux. «Les pouvoirs publics devraient faire en sorte quâil y ait 3 Ă 4 acteurs par marchĂ©, car il nâest pas normal de protĂ©ger un opĂ©rateur dominant».
Par Moncef MAHROUG

