Le marché de la pub décolle grâce aux Télécoms
Par Yves Palma, lundi 5 avril 2010 à 20:39 :: General :: #318 :: rss
Sous l'effet des moyens considérables mis en jeu par les opérateurs de télécoms, les budgets publicitaires se sont envolés dans le nord comme dans le sud du continent. Un secteur qui a par ailleurs stimulé la créativité et professionnalisé les métiers de
La pub explose ! C'est par ce slogan que l'on serait tenté de résumer la formidable envolée que connaît la publicité en Afrique francophone. Les deux principaux marchés de la zone, le Cameroun et la Côte d'Ivoire, ont doublé de taille en l'espace de quelques années pour atteindre environ 35 millions d'euros pour le premier et davantage encore pour le second. Le Sénégal, qui arrive en troisième position, a également vu son marché multiplié par deux en l'espace de trois à quatre ans, pour dépasser les 20 millions d'euros. Difficile d'être plus précis toutefois. Ces chiffres ne restent que des évaluations, car aucune institution ne mesure aujourd'hui les budgets publicité en Afrique de l'Ouest et centrale. Mais les faits sont là . « Au Sénégal, beaucoup de structures qui ne communiquaient pas ont pris le train en marche. Le nombre d'agences a fortement augmenté, pour atteindre la quarantaine. Les compétences se sont enrichies et les supports se sont diversifiés : il y a désormais cinq chaînes de télévision, de plus en plus de radios, et Internet est devenu un moyen de communication », souligne Aziz Barry, directeur média de McCann au Sénégal et pour l'Afrique subsaharienne francophone.
Un marchĂ© de 500 millions d'euros au Maghreb En Afrique du Nord, le phĂ©nomène est encore plus impressionnant. Selon le cabinet Sigma Conseil, les investissements publicitaires au Maghreb en tĂ©lĂ©, en radio, dans la presse Ă©crite et par affichages auraient frĂ´lĂ© les 500 millions d'euros en 2007. En AlgĂ©rie, le pays de la zone le plus en retard dans ce domaine, ils ont augmentĂ© de 53 % ces deux dernières annĂ©es ! Certes, il reste une belle marge de progression pour atteindre le niveau de dĂ©penses dans la communication dite above the line (TV, presse, radio, affichage, Internet) de l'Afrique du Sud, qui a atteint 3,5 milliards de dollars en 2007. Le marchĂ© de l'Afrique australe a plus que doublĂ© en cinq ans, selon Nielsen Media Research. Il n'empĂŞche, la croissance du secteur de la pub francoÂphone semble dĂ©sormais inscrite durablement dans le temps. Et, plus que tout, c'est le boom de la tĂ©lĂ©phonie mobile qui a favorisĂ© l'Ă©mergence d'un vĂ©ritable marchĂ© publicitaire, au Nord comme au Sud. Nedjma, le plus jeune des opĂ©rateurs algĂ©riens, s'est payĂ© dĂ©but 2006 les services de ZineÂdine ÂZidane, alors meneur de jeu du Real Madrid. Une opĂ©ration menĂ©e tambour battant par les bouillonnants frères Karoui, publicitaires tunisiens amateurs de « coups ». Façon commando, le tournage a lieu en trois jours seulement dans des faubourgs de la capitale espagnole aux allures de ville algĂ©rienneÂ… En CĂ´te d'Ivoire, le français Orange s'est associĂ© Ă une autre star du ballon rond, Didier Drogba, l'enfant du pays. Son image est largement utilisĂ©e, jusqu'Ă voir son nom associĂ© Ă une offre mobile, « Drogba Mobile ». ConsĂ©quence ? Les budgets s'envolent. Il y a une dĂ©cennie, il Ă©tait très rare qu'ils dĂ©passent les 5 millions d'euros en Afrique du Nord. Aujourd'hui, ils peuvent atteindre deux ou trois dizaines de millions ! Ă€ eux seuls, les investissements pour la pub tĂ©lĂ©visĂ©e de Maroc TĂ©lĂ©com, MĂ©di TĂ©lĂ©com et Wana, les trois opĂ©rateurs marocains de tĂ©lĂ©phonie, ont culminĂ© Ă 44 millions d'euros en 2007, selon Sigma Conseil. Ceux des trois opĂ©rateurs algĂ©riens, Orascom TĂ©lĂ©com, Mobilis et Nedjma, ont dĂ©passĂ© les 17 millions la mĂŞme annĂ©e. « Pour doper leur revenu par utilisateur mais aussi parce que leurs clients utilisent des cartes prĂ©payĂ©es, les opĂ©rateurs se doivent de maintenir une pression publicitaire presque permanente », explique un directeur de la communication. Une concurrence acharnĂ©e entre opĂ©rateurs qui fait flamber les tarifs. Le format du spot publicitaire de trente secondes diffusĂ© en prime time Ă la tĂ©lĂ©vision algĂ©rienne est passĂ© de 172 500 dinars (environ 1 800 euros) en fĂ©vrier 2007 Ă 350 000 dinars en juin 2008 !
Les annonceurs ont modifié les habitudes Au sud du Sahara, le phénomène est similaire, même si les montants en jeu sont généralement moindres. Les plus gros budgets publicitaires au Cameroun, en Côte d'Ivoire ou au Sénégal atteignent entre 5 millions et 7 millions d'euros dans les télécoms, soit cinq fois plus que ceux consentis par les autres annonceurs. Au total, les sociétés de téléphonie mobile actives dans chaque pays de l'espace francophone subsaharien représentent 30 % à 40 % du marché publicitaire local. Mais l'inflation des budgets n'est pas le seul changement. Les annonceurs télécoms ont radicalement modifié les méthodes de travail des agences. Les délais de production se raccourcissent : de plusieurs semaines pour concevoir et réaliser une campagne, les professionnels passent à quelques jours seulement. Le ton a également évolué. Terminé les publicités standardisées, sans originalité et sans saveur imposées par les annonceurs agroalimentaires, le métier accède désormais à un certain degré de liberté. Les professionnels n'hésitent pas à faire entrer les dialectes dans la publicité ou à mélanger allègrement français et arabe. Avec les télécoms, le marché voit également apparaître les publicités déclinées en « séries » : une même histoire décomposée en plusieurs spots diffusés à un rythme régulier sur les antennes. Et ce n'est pas tout. Dans presque tous les pays, la publicité télécom investit de nouveaux lieux. Au Cameroun, c'est MTN qui a lancé la mode des affiches géantes dans les rues. La pub quitte également le seul univers du produit pour construire des images de marque et nouer des liens presque affectifs avec le public. Un pas de plus vers la maturité.
Source : Jeune Afrique

