Le Maroc est le premier marchĂ© publicitaire au Maghreb. Selon un rapport du cabinet d’étude marocain Imperium Media, la croissance de ce marchĂ© a Ă©tĂ© de 10%, ces quatre dernières annĂ©es. « Le Maroc, qui a l’économie la plus dynamique et diversifiĂ©e, a le plus important marchĂ© publicitaire. L’AlgĂ©rie, avec une Ă©conomie dominĂ©e par les hydrocarbures et une logique encore trop souvent monopolistique, ne fait pas le poids malgrĂ© sa population et son potentiel », explique Alexandre Beaulieu, directeur gĂ©nĂ©ral de l’agence conseil TBWA\DJAZ, reprĂ©sentant du rĂ©seau international TBWA Ă  Alger. En 2009, d’après une Ă©tude mĂ©dias et publicitĂ© Ă©laborĂ©e par le tunisien Sigma Group, l’investissement publicitaire global au Maghreb a Ă©tĂ© de 830,9 millions de dollars. Ces investissements Ă©taient de l’ordre de 691,3 millions de dollars en 2008. Le Maroc caracole en tĂŞte avec 562,1 millions de dollars, contre 166,2 millions pour l’AlgĂ©rie et 102,6 millions de dollars pour la Tunisie. « La Tunisie a une Ă©conomie diversifiĂ©e, mais de plus faible taille ; son marchĂ© publicitaire est donc dĂ©veloppĂ©, mais handicapĂ© par la taille de sa population », relève Alexandre Beaulieu. La Libye n’apparaĂ®t pas encore dans le radar.

Hassen Zargouni, directeur gĂ©nĂ©ral de Sigma Group, fait une comparaison entre le Maroc et la Libye et estime que la diffĂ©rence entre les deux pays est l’ouverture Ă©conomique. « La Libye est un pays oĂą la majoritĂ© des produits sont Ă  des prix administrĂ©s ou auto homologuĂ©s. Car la publicitĂ©, axe principal en marketing, se nourrit du libre choix, de la diffĂ©renciation et du dĂ©veloppement des mĂ©dias. La Libye a Ă©tĂ© trop longtemps fermĂ©e Ă  ces concepts, le Maroc n’a pratiquement jamais connu une pĂ©riode socialisante dans son histoire rĂ©cente, c’est pourquoi les multinationales de la grande consommation, rĂ©putĂ©es publivores, se sont implantĂ©es depuis assez longtemps dans ce pays », indique-t-il.




AlgĂ©rie : un potentiel en jachère

Pour Alexandre Beaulieu, la Libye est Ă  la traĂ®ne parce que son marchĂ© est peu dĂ©veloppĂ©. « Il n’y a pas beaucoup de concurrence loyale, donc peu de besoin pour de la publicitĂ© », relève-t-il. D’après l’étude de Sigma, les quatre plus gros annonceurs au Maghreb sont des entreprises marocaines : Maroc TĂ©lĂ©com, MĂ©ditel, Wana Corporate et Procter and Gamble Maroc. Orascom AlgĂ©rie intervient Ă  la cinquième position, suivi des Marocains Centrale laitière et Unilever Maghreb, puis d’Orascom Tunisie. Le groupe privĂ© algĂ©rien Cevital est Ă©galement bien placĂ©. « L’AlgĂ©rie a un formidable potentiel comme marchĂ© publicitaire, mais les conditions de son dĂ©veloppement sont les mĂŞmes que pour le reste de l’économie. L’un ne va pas sans l’autre. Tant que l’économie algĂ©rienne restera dĂ©pendante des hydrocarbures et des monopoles de l’importation, qui dĂ©couragent la vraie concurrence et pĂ©nalisent les consommateurs, la publicitĂ© restera relativement marginale », analyse Alexandre Beaulieu. Hassen Zargouni abonde dans le mĂŞme sens. « Les rĂ©centes mesures de limitation de l’importation et la nouvelle rĂ©glementation, relativement contraignante pour l’implantation d’entreprises Ă©trangères, conjuguĂ©es Ă  l’exiguĂŻtĂ© des mĂ©dias audiovisuels, font penser que les perspectives du marchĂ© publicitaire en AlgĂ©rie seraient limitĂ©es. Or, ce pays dispose d’une profondeur importante en termes de marchĂ©, avec une classe moyenne dominante, dĂ©sireuse d’adopter le consumĂ©risme rĂ©gnant comme mode de vie, ceci annonce une Ă©volution certaine du marchĂ© publicitaire, certaine mais lente », explique-t-il.




La TV, support préféré

La tĂ©lĂ©vision demeure le support prĂ©fĂ©rĂ© des annonceurs au Maghreb. Les MaghrĂ©bins passent en moyenne trois heures devant le petit Ă©cran et sont surĂ©quipĂ©s en matĂ©riel de rĂ©ception tĂ©lĂ©visuelle. Au Maroc, l’investissement publicitaire tĂ©lĂ©visĂ© a connu une hausse de 19% en 2009. Les chaĂ®nes publiques El Oula et 2M dominent le marchĂ©. Elles sont suivies par la chaĂ®ne privĂ©e Medi 1 Sat. En Tunisie, la chaĂ®ne publique Tunis 7 a captĂ© 45% du marchĂ© publicitaire, devant les chaĂ®nes privĂ©es Hannibal avec 18% et Nessma TV avec 8,6%. « Nessma TV a apparemment fait de bons scores d’audiences avec les CAN de football et de handball, mais reste Ă  voir si c’est une tendance lourde et si elle peut tenir le rythme en dehors des Ă©vĂ©nements exceptionnels. Elle a en tous les cas le potentiel de devenir un nouveau vecteur de publicitĂ© Ă  destination des AlgĂ©riens, et je crois que tous vont l’observer de près au cours des prochains mois », estime Alexandre Beaulieu.

Pour Hassen Zargouni, l’ouverture des mĂ©dias audiovisuels au secteur privĂ© est primordiale pour faire passer le marchĂ© publicitaire maghrĂ©bin Ă  des paliers supĂ©rieurs. « Le cas de Hannibal TV en Tunisie, deuxième chaĂ®ne du pays en termes d’audience après cinq ans d’existence, est Ă©loquent. Cependant, ces chaĂ®nes devraient offrir un produit adaptĂ©, proche des prĂ©occupations des gens, car le contenu liĂ© aux rĂ©alitĂ©s locales d’un pays est introuvable dans le flot de chaĂ®nes internationales que le MaghrĂ©bin arrive Ă  capter aisĂ©ment », souligne-t-il. Le phĂ©nomène publicitaire le plus important reste, aux yeux d’Alexandre Beaulieu, l’achat d’espace par des sociĂ©tĂ©s algĂ©riennes sur des chaĂ®nes panarabes de plus en plus regardĂ©es par les tĂ©lĂ©spectateurs algĂ©riens. « C’est un vrai changement de donne qui est en train de s’opĂ©rer, consĂ©quence directe de la fermeture du champ audiovisuel algĂ©rien. Cela est facteur handicapant puisque les annonceurs sont en manque de vecteurs de communication pour toucher leurs audiences », relève-t-il.

Les chaînes des groupes MBC et Rotana, Al Jazeera et ART, sont plus regardées en Algérie que les chaînes publiques algériennes ENTV ou A3, connues pour la faiblesse de leurs productions.

Source : Les Afriques