Le 14e som­met de l'Union Afri­caine a dé­bu­té di­manche à Ad­dis-​Abé­ba en Ethio­pie. Thème du som­met: "les Tech­no­lo­gies de l'In­for­ma­tion et de la com­mu­ni­ca­tion (TIC) en Afrique: Défis et Pers­pec­tives pour le dé­ve­lop­pe­ment". Cette édi­tion est l’oc­ca­sion, pour les chefs d'Etat et de gou­ver­ne­ment des pays membres de l'UA pré­sents, d’éva­luer les pro­grès que le conti­nent a réa­li­sés dans le sec­teur des TIC au cours des an­nées pas­sées et de ré­flé­chir aux fu­turs stra­té­gies qui per­met­tront à l’Afrique de com­bler le fossé nu­mé­rique qui la sé­pare en­core du reste du monde.

Grâce aux ef­forts des pays afri­cains, les TIC ont en­re­gis­tré une forte crois­sance sur le conti­nent. Le nombre d'abon­ne­ments de té­lé­phone mo­bile et le nombre d’in­ter­nautes ont crû plus vite que ceux d’autres ré­gions du monde. Ce­pen­dant, le conti­nent af­fiche tou­jours des ni­veaux de pé­né­tra­tion des TIC bien éloi­gnés du reste du monde. Prin­ci­pale cause, les coûts d’accès au ré­seau sont en­core trop oné­reux.

Des coûts de connexion trop éle­vés

Si la connexion In­ter­net dans la ma­jo­ri­té des pays d’Afrique est une des plus chères du monde, c’est en grande par­tie à cause des ta­rifs fa­ra­mi­neux pra­ti­qués sur les pas­se­relles in­ter­na­tio­nales du ré­seau. In­ter­net ne se fait pas (ou peu) en Afrique, beau­coup de sites afri­cains sont hé­ber­gés en Eu­rope ou aux Etats-​​Unis parce que c’est plus éco­no­mique. L’Afrique hé­berge ainsi à peine le 100 000e du total mon­dial des pages Web. Même le tra­fic local passe la plu­part du temps par l’étran­ger faute de Points d’Echange In­ter­net, au­tre­ment dit de car­re­fours d’échange lo­caux.

Consé­quence: en Afrique, 7 connexions sur 10 tran­sitent par l'Eu­rope ou les Etats-​​Unis selon l’Union In­ter­na­tio­nale des Té­lé­com­mu­ni­ca­tions, En clair, consul­ter une page in­ter­net à par­tir d'un pays afri­cain sup­pose la plu­part du temps une connexion via le sa­tel­lite ou le câble sous-​ma­rin pour ac­cé­der à l'in­for­ma­tion re­quise. Et le pro­ces­sus est le même pour l'échange de conte­nus lo­caux.

Même si les in­ter­nautes afri­cains ne consul­taient que des sites hé­ber­gés en Afrique, leurs connexions conti­nue­raient donc de tran­si­ter par l’in­ter­na­tio­nal…Faute d’in­fra­struc­tures au sein même des pays, de car­re­fours où peuvent se ren­con­trer les four­nis­seurs d’accès, ce que les an­glo­phones ap­pellent les "IXP" pour points d’échange in­ter­net. « La pre­mière rai­son d’être d’un point d’échange in­ter­net est de gar­der le tra­fic local au ni­veau local et d’évi­ter jus­te­ment le re­cours à des pas­se­relles in­ter­na­tio­nales très oné­reuses », selon un rap­port ré­cent de l’Or­ga­ni­sa­tion de Co­opé­ra­tion et de Dé­ve­lop­pe­ment Eco­no­mique.

L’ab­sence de concur­rence fait grim­per les ta­rifs

Le manque de concur­rence est la pre­mière cause des ta­rifs de l’in­ter­net en Afrique. Les opé­ra­teurs pri­vés qui ont in­ves­ti le mar­ché des té­lé­com­mu­ni­ca­tions ces der­nières an­nées ne sont en effet pas très nom­breux sur le conti­nent. L’Union in­ter­na­tio­nale des té­lé­com­mu­ni­ca­tions en dé­nombre sept prin­ci­paux parmi les­quels Orange, au­tre­ment dit France Te­le­com. Clas­sé en der­nière po­si­tion juste der­rière Maroc Té­lé­com, fi­liale flo­ris­sante de Vi­ven­di, le groupe pro­gresse tou­te­fois ra­pi­de­ment sur la carte de l’Afrique où il opère dans douze pays, à ma­jo­ri­té fran­co­phones.

L’Union Afri­caine de­mande l’éla­bo­ra­tion d’un Agen­da nu­mé­rique afri­cain

De­vant ce constat, l’Union Afri­caine cherche à éla­bo­rer un Agen­da nu­mé­rique à l’échelle du conti­nent. Les Etats afri­cains s’en­gagent ainsi à in­ten­si­fier l’har­mo­ni­sa­tion des po­li­tiques et ré­gle­men­ta­tions en ma­tière de té­lé­com­mu­ni­ca­tions et de TIC en Afrique afin de sti­mu­ler la libre concur­rence. La prio­ri­té est éga­le­ment de dé­ve­lop­per les in­ves­tis­se­ments dans la tech­no­lo­gie et dans la mise en place d’in­fra­struc­tures nu­mé­riques à l’échelle du conti­nent.

Les chefs d’Etat et de gou­ver­ne­ment de l’UA s’en­gagent éga­le­ment à pro­mou­voir des ac­tions de re­cherche et dé­ve­lop­pe­ment ainsi qu’un en­vi­ron­ne­ment pro­pice à l’in­no­va­tion et à l’en­tre­pre­na­riat en vue de trou­ver des so­lu­tions et de créer des ser­vices ré­pon­dant à la si­tua­tion et aux be­soins des uti­li­sa­teurs afri­cains