Au Kenya, les vaches, on les vend sur internet. Ce n'est pas une anecdote dĂ©layĂ©e, mĂŞme si elle est un peu marrante. Mais bien une expĂ©rience dont nous pouvons tirer tant d’enseignements. L’essor phĂ©nomĂ©nal qu’ont connu les TICs, a bouleversĂ© les pratiques commerciales de fond en comble. Le marketing, tel que l’on connaĂ®t, a reçu un coup de vieux cĂ©dant la place Ă  une nouvelle approche, voire mĂŞme une nouvelle culture, qui a naturellement ses fervents adeptes, en l’occurrence le webmarketing ou l’investissement publicitaire sur internet. Quels sont ses avantages et quels sont ses rouages ?

Grâce Ă  la numĂ©risation, pour de nombreux professionnels, cibler de nouveaux clients, commercialiser des produits, grignoter des parts de marchĂ© ou mĂŞme exporter sur la toile, n'est plus une simple bouteille jetĂ©e Ă  la mer. D’ailleurs, il y a une anecdote qui vĂ©hicule sur le net et qui disait que" Sans site internet, une entreprise n’existe pas". Sans nul doute, il ne s’agit pas d’un phĂ©nomène Ă©phĂ©mère d’autant plus que les publics ciblĂ©s ont pris l'habitude de fouiner sur la toile afin de se renseigner sur les produits Ă  acheter. Dans le cas de la Tunisie, bien que certains professionnels commencent, timidement pour le moment, Ă  expĂ©rimenter cette technique, les interrogations ne manquent pas sur l’état des lieux de la pratique de cybermarketing en Tunisie. Une chose demeure certaine : c’est lĂ  oĂą l’annonceur Ă©value d’une manière exacte et avĂ©rĂ©e son retour sur investissement.

Quand on insère une pub à la télé ou dans un journal, on ne connait jamais exactement combien de personnes l’ont vue et si le lecteur a bel et bien vu la page où se trouve votre pub. Sur internet, on a tous ces détails et on sait combien de personnes ont cliqué sur votre bannière publicitaire et combien cette bannière a-t-elle généré d’achats. Mieux encore, on n’achète pas des espaces pub pour une période donnée, mais on achète des espaces selon un nombre d’affichages déterminé à l’avance et en fonction des besoins et du budget. Idem quand on crée un site web. L’entreprise connait exactement, et au temps T, combien de personnes sont en train de surfer sur son site, combien de visiteurs se sont intéressés à tel ou autre produit et combien de clients ont fini par acheter.

En dĂ©pit de cette rĂ©alitĂ©, connue, assimilĂ©e et appliquĂ©e par nos concurrents europĂ©ens, certains de nos professionnels et chefs d’entreprises pensent dĂ©jĂ  que crĂ©er un site et gĂ©nĂ©rer des profits est beaucoup plus difficile sur internet. Pour d’autres, on ne se prend pas trop la tĂŞte. C’est de la parfaite aberration ! Mohammed Ali Elloumi, directeur d’Access to e-Business, une des entreprises pionnières en la matière en Tunisie, ne nous contredit pas : "C’est vrai, la culture e-marketing en Tunisie n’est pas encore dĂ©veloppĂ©e et continue encore Ă  faire ses premiers pas. Or le monde change autour de nous et il est inconcevable que la Tunisie reste Ă  la traine. Il est beaucoup plus facile de tirer profit du web. Il suffit de ne pas penser uniquement au marchĂ© tunisien. D’ailleurs, ce marchĂ© demeure trop limitĂ© par rapport aux potentialitĂ©s qu’offre la toile. Comme vous le savez, le challenge pour la Tunisie est l’exportation. Il suffit donc d’y croire. Le webmarketing constitue un axe majeur de dĂ©veloppement de toute stratĂ©gie Ă  l’exportation. C’est ainsi que toute entreprise est appelĂ©e Ă  ancrer son positionnement et accroĂ®tre son trafic. Il devient alors stratĂ©gique de rĂ©fĂ©rencer ses pages et de construire une stratĂ©gie autour de l'implantation d'un site sur le rĂ©seau dont l’objectif est d’exporter".

C'est avant tout une culture qui sollicite beaucoup de créativité, de rigueur mais surtout une prise de conscience des possibilités offertes par le web. Le cybermarketing c’est encore un maillon, devenu incontournable, dans toute la chaîne de production. C’est le cas dans les pays développés et depuis des années. Mais à cause de la frilosité de certains chefs d’entreprises (qui n’ont toujours pas d’ordinateur dans leur bureau), la Tunisie continue à être à la traîne. Une autre précision. Le e-marketing reprend les principes de bases du marketing classique mais utilise les possibilités offertes par les nouvelles technologies de communication. (Sites, e-mailing, mailing lists, référencement, newsgroups, chat, partenariats, liens, études en ligne …).

Cette culture, fruit du rapprochement effectuĂ© entre l’informatique et le marketing classique, n’est donc pas limitĂ©e au rĂ©seau Internet. C’est un domaine plus vaste qui cherche Ă  concilier entre deux enjeux : rĂ©pondre aux besoins et aux attentes des consommateurs et d’autre part, de rĂ©pondre aux objectifs d’une entreprise (image, trafic, vente de produits, audience..)", ajoute M. Elloumi avec un ton confiant. Son entreprise a organisĂ© en l’espace d’un mois, deux sĂ©minaires sur le webmarketing et l'exportation. L’un au Cepex Ă  Tunis et l’autre Ă  Bizerte. Objectif : sensibiliser les exportateurs Ă  apprĂ©hender les diverses techniques de promotion de leurs produits et services via le site web.

Nonobstant la rĂ©ticence de certains, il est bon de noter qu’il y a des expĂ©riences rĂ©ussies en la matière. A titre d’exemple, M. Elloumi cite cette cĂ©lèbre chaĂ®ne hĂ´telière qui a enregistrĂ© deux millions de dinars de chiffre d’affaires en plus rien qu’en Ă©pousant cette nouvelle culture. Une agence de voyages Ă  rĂ©alisĂ© plus que 3 millions de dinars via le web. Un de nos clients, qui exerce dans la location des voitures, voit 70% de son chiffre d’affaires provenant du net. Des exemples ? Il y en a ! El Mouradi, Yadis, Traveltodo… Vraisemblablement, ça marche pour le tourisme et la billetterie, mais il n’y a pas que ces secteurs.

Le produit tunisien est un produit qui peut ĂŞtre commercialisĂ© facilement. Il faut juste s’approprier les moyens adĂ©quats qui permettent de le promouvoir. C’est avec les diffĂ©rentes stratĂ©gies de promotion et les techniques de rĂ©fĂ©rencement y affĂ©rentes que nous pouvons cibler Ă  travers le web des marchĂ©s en Europe, au Japon ou encore en Chine. Il faut juste y croire. Ou, plutĂ´t, il faut juste appliquer les recettes qui ont marchĂ© et fait leurs preuves dans les pays dĂ©veloppĂ©s ! Faut-il que certains de nos chefs d’entreprise acceptent de changer de mĂ©thode et de constater que nous avons changĂ© d’époque ! Walid Ahmed Ferchichi