ArrivĂ©es en pole position en termes d'investissements publicitaires au Maghreb, les multinationales affĂ»tent leurs budgets pour s'imposer. Sur les six premiers mois de 2008, elles accaparent 68,5 % du total de ces investissements en Tunisie, 72,1 % en AlgĂ©rie et 87 % au Maroc, note l'Ă©tude de Sigma Conseil rendue publique le 24 juin. En 2007, les trente premiers annonceurs avaient dĂ©pensĂ© 116 millions d'euros. Hormis dans les tĂ©lĂ©coms, qui arrivent en tĂŞte dans chacun des pays, les enseignes locales sont Ă  la peine face Ă  cette offensive des marques Ă©trangères. Dans le Top 10 des annonceurs en Tunisie, qui ont dĂ©pensĂ© 15,8 millions d'euros en 2007, cinq labels locaux pointent Ă  partir du cinquième rang, avec des budgets situĂ©s entre 0,8 et 1,5 million d'euros : Sotubi-Lu (biscuiterie) devance Sotuchoc (confiserie-chocolaterie), SAH (hygiène), Gipa (agroalimentaire) filiale du groupe Poulina, et La Poste. Au Maroc, oĂą les tĂ©lĂ©coms reprĂ©sentent 59 % du total (73,8 millions d'euros), seuls deux annonceurs du cru se glissent dans le Top 10 : Attijariwafa Bank, juste derrière le ministère de l'IntĂ©rieur, qui multiplie les campagnes de sensibilisation (santĂ©) auprès du public. Quant Ă  l'AlgĂ©rie, l'entreprise publique de tĂ©lĂ©phonie ATM Mobilis, le laboratoire VĂ©nus (cosmĂ©tique) et CĂ©vital (margarines et huiles) sauvent l'honneur dans un classement dominĂ© par Danone, Procter & Gamble, Henkel ou Bel AlgĂ©rie. Les dix premiers annonceurs ont dĂ©pensĂ© 26,4 millions d'euros en 2007. Cette mainmise des annonceurs Ă©trangers produit son effet. Seulement 7,8 % des habitants des trois pays font confiance Ă  leurs marques nationales, contre 62,2 % aux marques Ă©trangères. Dans le dĂ©tail, cette crise de confiance s'avère plus aiguĂ« dans le pays le plus ouvert aux multinationales : seuls 4,2 % des Marocains s'en remettent aux marques de leur pays contre 7,4 % des AlgĂ©riens, et 20,3 % des Tunisiens. Si la Tunisie apparaĂ®t comme le pays le moins complexĂ©, Ă  en croire ces chiffres, face Ă  sa production nationale, l'AlgĂ©rie cultive de son cĂ´tĂ© un paradoxe. MalgrĂ© le peu de crĂ©dit qu'ils accordent Ă  leurs marques nationales, les AlgĂ©riens sont 61,4 % Ă  les acheter plus souvent. Soit deux fois plus qu'au Maroc (32,9 %) et en Tunisie (32,9 %). Une apparente contradiction qui s'explique par un pouvoir d'achat dont la baisse en AlgĂ©rie est sans Ă©quivoque. Bien que plĂ©biscitĂ©s, les produits Ă©trangers coĂ»tent tout bonnement trop cher.