Après la téléphonie et les banques, bientôt l'immobilier
Par Yves Palma, lundi 14 dĂ©cembre 2009 à 11:39 :: General :: #247 :: rss
Tirés PAR les télécoms, des annonceurs venus d'autres secteurs d'activité sont apparus sur la scène publicitaire africaine. Parmi eux, les banques. Celles-ci ont nettement dépassé les constructeurs automobiles, au final assez discrets, si l'on excepte le cas de l'Algérie. Au Maroc, Attijariwafa Bank consacrerait environ 5 millions d'euros en budget publicitaire, et le Crédit du Maroc 3 millions. Avec une dizaine de banques qui investissent, contre deux à trois opérateurs mobiles, le secteur devient peu à peu incontournable. « Depuis deux ans, mon budget de communication a explosé car le succès et l'efficacité sont là », explique Kamal Jabry, directeur marketing et de la communication externe du Crédit du Maroc. Cet établissement est l'un de ceux, en Afrique, qui ont décidé de renouveler le langage publicitaire. « Nous avons cassé les codes en choisissant l'humour, d'abord avec cinq spots tournés avec Gad Elmaleh, il y a neuf ans, et, depuis, avec l'humoriste marocaine Hanane Fadili », s'enorgueillit Kamal Jabry. Longtemps leader de la publicité africaine, l'agroalimentaire perd-il du terrain ? Cela dépend des pays. Dans le Nord, les agro-industriels restent des annonceurs centraux. Ainsi, en Tunisie, Délice Danone, SFBT (boissons), Sotubi-Lu et Sotuchoc (biscuiteries) demeurent parmi les tout premiers annonceurs. Au Maroc, Unilever, Lesieur Cristal ou Danone investissent chaque année quelques millions d'euros dans la publicité télé. Le groupe français est également un gros investisseur en Algérie où un autre acteur de poids, Cevital, se classe depuis début 2008 dans la catégorie des très gros annonceurs. Au sud du Sahara, en revanche, les biscuiteries, chocolatiers ou brasseurs sont à la traîne. « Dans beaucoup de pays d'Afrique francophone subsaharienne, NDLR, les agro-industriels étaient les premiers annonceurs ; ils ne sont plus que troisièmes derrière les télécoms et les services financiers, explique Isabelle Aimonetti, cofondatrice de l'agence de communication AG Partners. Non qu'ils investissent moins, mais les autres investissent beaucoup plus. » Au Sénégal et au Cameroun, la tendance est moins nette : « L'agroalimentaire est le deuxième annonceur, car beaucoup d'entreprises se sont mises à communiquer », explique Aziz Barry.
Hausse du ticket d'entrĂ©e pour les annonceurs Mais si le secteur conserve très souvent la deuxième place sur le marchĂ© des annonceurs, il ne brille pas par son imagination. « Ă€ part les tĂ©lĂ©coms, le marchĂ© n'a pas rĂ©ellement Ă©voluĂ©, et il aurait fallu pour cela que les entreprises concernĂ©es comprennent l'intĂ©rĂŞt de la communication, explique Marème Malong, fondatrice de MW Marketing Services. Beaucoup ont plusieurs agences selon les budgets, d'oĂą un manque de synergie et une absence de cohĂ©renceÂ… » Un pavĂ© dans la mare des directeurs de la communication ou du marketing. Certains grands groupes, comme Ecobank ou ÂAlucam, par exemple, n'ont pas d'agence de communication. Des grandes sociĂ©tĂ©s fonctionnent au coup par coup. Mais tous ces secteurs, y compris celui des tĂ©lĂ©coms, qui montre des limites dans certains pays, pourraient ĂŞtre rapidement rattrapĂ©s et dĂ©partagĂ©s par une activitĂ© immobilière qui monte en flèche. Et dont l'appĂ©tit en publicitĂ© s'annonce considĂ©rable. « De nombreux projets très importants sont en cours, et il faudra communiquer massivement, notamment Ă l'Ă©tranger, pour les commercialiser, explique NĂ©bil Karoui. Cela va rĂ©volutionner la publicitĂ© maghrĂ©bine, car les budgets devraient dĂ©passer de loin ceux des tĂ©lĂ©coms. » Après cinq ans de boom dans les tĂ©lĂ©coms, l'immobilier va provoquer une nouvelle rĂ©volution. Ce qui n'est pas vraiment une bonne nouvelle pour les autres secteurs, car le ticket d'entrĂ©e pour les annonceurs va encore augmenter. « L'investissement publicitaire requis pour qu'une campagne soit mĂ©morisĂ©e dans la rĂ©gion du Maghreb a quasiment doublĂ© en trois ans. La boulimie des opĂ©rateurs de tĂ©lĂ©communications a rĂ©duit le nombre d'annonceurs qui ciblent le grand public », note Hassen Zargouni, du cabinet Sigma Conseil. L'AlgĂ©rie a vu le nombre d'annonceurs Ă la tĂ©lĂ©vision passer de près de 300 en 2003 Ă environ 100 en 2007 ! Et en Tunisie, l'investissement publicitaire moyen par annonceur par an Ă la tĂ©lĂ©vision est passĂ© de 100 000 Ă 220 000 euros sur la mĂŞme pĂ©riode. Une course Ă la surenchère qu'amplifiera l'immobilier. Jeune Afrique | Par : FrĂ©dĂ©ric Maury

