TirĂ©s PAR les tĂ©lĂ©coms, des annonceurs venus d'autres secteurs d'activitĂ© sont apparus sur la scène publicitaire africaine. Parmi eux, les banques. Celles-ci ont nettement dĂ©passĂ© les constructeurs automobiles, au final assez discrets, si l'on excepte le cas de l'AlgĂ©rie. Au Maroc, Attijariwafa Bank consacrerait environ 5 millions d'euros en budget publicitaire, et le CrĂ©dit du Maroc 3 millions. Avec une dizaine de banques qui investissent, contre deux Ă  trois opĂ©rateurs mobiles, le secteur devient peu Ă  peu incontournable. « Depuis deux ans, mon budget de communication a explosĂ© car le succès et l'efficacitĂ© sont lĂ  », explique Kamal Jabry, directeur marketing et de la communication externe du CrĂ©dit du Maroc. Cet Ă©tablissement est l'un de ceux, en Afrique, qui ont dĂ©cidĂ© de renouveler le langage publicitaire. « Nous avons cassĂ© les codes en choisissant l'humour, d'abord avec cinq spots tournĂ©s avec Gad Elmaleh, il y a neuf ans, et, depuis, avec l'humoriste marocaine Hanane Fadili », s'enorgueillit Kamal Jabry. Longtemps leader de la publicitĂ© africaine, l'agroalimentaire perd-il du terrain ? Cela dĂ©pend des pays. Dans le Nord, les agro-industriels restent des annonceurs centraux. Ainsi, en Tunisie, DĂ©lice Danone, SFBT (boissons), Sotubi-Lu et Sotuchoc (biscuiteries) demeurent parmi les tout premiers annonceurs. Au Maroc, Unilever, Lesieur Cristal ou Danone investissent chaque annĂ©e quelques millions d'euros dans la publicitĂ© tĂ©lĂ©. Le groupe français est Ă©galement un gros investisseur en AlgĂ©rie oĂą un autre acteur de poids, Cevital, se classe depuis dĂ©but 2008 dans la catĂ©gorie des très gros annonceurs. Au sud du Sahara, en revanche, les biscuiteries, chocolatiers ou brasseurs sont Ă  la traĂ®ne. « Dans beaucoup de pays d'Afrique francophone subsaharienne, NDLR, les agro-industriels Ă©taient les premiers annonceurs ; ils ne sont plus que troisièmes derrière les tĂ©lĂ©coms et les services financiers, explique Isabelle Aimonetti, cofondatrice de l'agence de communication AG Partners. Non qu'ils investissent moins, mais les autres investissent beaucoup plus. » Au SĂ©nĂ©gal et au Cameroun, la tendance est moins nette : « L'agroalimentaire est le deuxième annonceur, car beaucoup d'entreprises se sont mises Ă  communiquer », explique Aziz Barry.

Hausse du ticket d'entrĂ©e pour les annonceurs Mais si le secteur conserve très souvent la deuxième place sur le marchĂ© des annonceurs, il ne brille pas par son imagination. « Ă€ part les tĂ©lĂ©coms, le marchĂ© n'a pas rĂ©ellement Ă©voluĂ©, et il aurait fallu pour cela que les entreprises concernĂ©es comprennent l'intĂ©rĂŞt de la communication, explique Marème Malong, fondatrice de MW Marketing Services. Beaucoup ont plusieurs agences selon les budgets, d'oĂą un manque de synergie et une absence de cohĂ©renceÂ… » Un pavĂ© dans la mare des directeurs de la communication ou du marketing. Certains grands groupes, comme Ecobank ou ­Alucam, par exemple, n'ont pas d'agence de communication. Des grandes sociĂ©tĂ©s fonctionnent au coup par coup. Mais tous ces secteurs, y compris celui des tĂ©lĂ©coms, qui montre des limites dans certains pays, pourraient ĂŞtre rapidement rattrapĂ©s et dĂ©partagĂ©s par une activitĂ© immobilière qui monte en flèche. Et dont l'appĂ©tit en publicitĂ© s'annonce considĂ©rable. « De nombreux projets très importants sont en cours, et il faudra communiquer massivement, notamment Ă  l'Ă©tranger, pour les commercialiser, explique NĂ©bil Karoui. Cela va rĂ©volutionner la publicitĂ© maghrĂ©bine, car les budgets devraient dĂ©passer de loin ceux des tĂ©lĂ©coms. » Après cinq ans de boom dans les tĂ©lĂ©coms, l'immobilier va provoquer une nouvelle rĂ©volution. Ce qui n'est pas vraiment une bonne nouvelle pour les autres secteurs, car le ticket d'entrĂ©e pour les annonceurs va encore augmenter. « L'investissement publicitaire requis pour qu'une campagne soit mĂ©morisĂ©e dans la rĂ©gion du Maghreb a quasiment doublĂ© en trois ans. La boulimie des opĂ©rateurs de tĂ©lĂ©communications a rĂ©duit le nombre d'annonceurs qui ciblent le grand public », note Hassen Zargouni, du cabinet Sigma Conseil. L'AlgĂ©rie a vu le nombre d'annonceurs Ă  la tĂ©lĂ©vision passer de près de 300 en 2003 Ă  environ 100 en 2007 ! Et en Tunisie, l'investissement publicitaire moyen par annonceur par an Ă  la tĂ©lĂ©vision est passĂ© de 100 000 Ă  220 000 euros sur la mĂŞme pĂ©riode. Une course Ă  la surenchère qu'amplifiera l'immobilier. Jeune Afrique | Par : FrĂ©dĂ©ric Maury