Entretien avec Frank Windeck, directeur du programme mĂ©dia du KAS*, qui co-organisait la African Media Leadership Conference. Thème de la rencontre : s'interroger sur les moyens de fidĂ©liser et monĂ©tiser les jeunes qui s'informent sur le web.

Quelle est la situation des mĂ©dias en Afrique ?

Chaque pays fait face à des défis différents. Ce qui est sûr, c'est que globalement, nous espérons l'émergence d'une presse plus libre.

En ce qui concerne le web, dans certains pays, les "digital natives" sont vus comme une menace. L'accès aux réseaux sociaux et à certains blogs sont bloqués. Ce qui pose un problème à la popularisation du web, et à la presse en ligne.Et en règle générale, les services manquent. Mais les jeunes générations sont les preneurs de décision de demain. Les gouvernements ne se rendent pas service sur le long terme en ne trouvant pas les moyens de les laisser s'exprimer et s'informer sur le web. D'autant que l'expression "digital natives" implique bien le fait que ces individus ne sont pas seulement familiers des technologies, mais qu'elles font partie d'eux. Pour eux, la sphère médiatique se passe en ligne, pas ailleurs.

Internet peut-il ĂŞtre dĂ©jĂ  considĂ©rĂ© comme un support mĂ©diatique populaire dans les pays Ă©mergents ? Existe-t-il des interactions entre presse papier et pendant en ligne ?

De plus en plus de gens lisent les actualités sur le web en Afrique, et font partie d'une ou plusieurs communautés sur lesquelles ils échangent des informations. On peut également commencer à parler de connexions entre papier et web, avec le lancement désormais fréquent par les journaux d'une interface sur le Net. Mais cette dernière est encore souvent considérée comme un supplément du papier.

Quels seront les modèles Ă©conomiques de la presse en ligne africaine ?

Les espoirs que le monde occidental a mis dans les solutions dĂ©jĂ  envisagĂ©es sont souvent restĂ©s lettre morte. Le problème est le mĂŞme en Afrique. Prenez le modèle de la publicitĂ© en pop-up : Ă  peine affichĂ©e, elle est fermĂ©e par l'internaute. Ce que nous dĂ©fendons, et qui est exploitĂ© en occident, est une solution comme le Fremium, une combinaison de "free" et de "premium". L'idĂ©e est d'offrir du contenu gratuit Ă  la majoritĂ©, et de proposer Ă  une plus petite base du contenu exclusif.

Pour le moment, la majorité des individus en Afrique ne dispose pas d'une connexion à domicile. Il est peut-être du coup un peu tôt de réfléchir à un modèle d'affaires des médias orientés vers Internet…

C'est vrai, la plupart des foyers africains est sans ordinateurs, mais cela ne stoppe pas les gens qui trouvent d'autres moyens de rester connectés au reste du monde. Spécialement les plus jeunes. Ils vont dans les cybercafés, ou utilisent leurs mobiles quand ceux-ci disposent d'un accès Internet. Il est du coup primordial de se préparer et de les préparer au monde numérique dans lequel ils vont être immergés.

Il ne faut pas oublier que ceux qui accèdent déjà au quotidien à Internet sont souvent ceux que l'on peut qualifier de preneurs de décisions. Ils font souvent partie de l'élite et de la classe politique. Il ne faut pas sous-estimer leur influence.