TIC et développement rural
Par Yves Palma, mardi 11 août 2009 à 09:26 :: General :: #168 :: rss
Les TIC représentent un secteur présent dans toutes les sphères de la vie de tous les jours. Ainsi, dans cet article, nous aborderons de leur apport au service du développement rural. Bien que cela puisse paraître incongru, les TIC ont bien leur rôle à jouer dans le développement du monde rural. Ce thème est assez important pour les pays en voie de développement car une grande partie de la population vit dans les campagnes, ou y concentre leurs activités. La problématique est donc de savoir comment nos populations peuvent profiter des progrès technologiques réalisés dans le domaine de la convergence de l'informatique et des télécommunications, sans pour autant porter atteinte à nos valeurs socioculturelles.
En matière d'utilisation de nouvelles méthodes dans de nouveaux environnements, il existe plusieurs approches qui peuvent être efficaces ou non selon le milieu d'application.
Le monde rural ?
Mais, au préalable, mettons-nous d'accord sur une compréhension du monde rural ; le concept " monde rural " peut s'appréhender selon un domaine d'intérêt ou d'activité qui peut, d'une façon générale, être conçu comme les zones non couvertes par un accès réseau (téléphone, ou Internet, …) le réseau téléphonique étant dans ce cas un service basique. En outre, nous pouvons dire que le monde rural est caractérisé par les activités d'élevage, d'agriculture, par un accès limité ou inexistant à l'eau potable, à l'électricité, à l'éducation, aux soins de santé primaire ou et spécialisés...
Dans cette approche, qu'est-ce qui concerne donc les TIC dans ce contexte? On pourra aisément dire que le terme TIC englobe une multitude d'équipements, de logiciels et de services, allant des systèmes de communication par satellite aux services d'e-commerce via le Web, aux systèmes d'informations, en passant par les cabines téléphoniques dans les régions rurales, des programmes de radio numérique, de l'Internet et des banques de données électroniques.
De manière générale, les technologies de l'information et de la communication (TIC) peuvent être considérées comme les technologies qui facilitent la communication, ainsi que le traitement et la transmission par voie électronique de l'information. Ce concept englobe l'ensemble des outils, allant de la radio et de la télévision aux téléphones (fixes et mobiles) aux ordinateurs et à l'Internet avec tout ce que cela peut contenir comme services à offrir.
L'emploi des TIC pour le développement du monde rural dans nos pays en voies de développement du Sud doit faire face à beaucoup de défis importants, parmi lesquels on pourra citer:
- une accessibilité limitée aux TIC dans les zones rurales ;
- la nécessité de formation à l'utilisation des outils technologiques et des applications des TIC ;
- le manque d'adaptation de la plupart des outils et applications aux réalités du monde rural ;
- la nécessité de sensibilisation à propos de l'utilité des informations et du partage de connaissances ;
- l'analphabétisme.
- L'utilisation des langues de contenus compréhensibles et adaptés aux populations ; ici l'écriture " NKO " pourra jouer un rôle prédominant pour une meilleure appropriation de l'outil dans la sous-région.
Face donc à tous ces aspects, il devient nécessaire et urgent de développer des outils et des méthodologies qui répondent aux besoins des usagers du monde rural, tout en explorant les potentialités des TIC pour eux ainsi qu'en évaluant la pertinence et l'efficacité des résultats sur la qualité de leur vie. Actuellement, un nombre limité de citoyens des pays du sud tapotent rarement un clavier d'ordinateur ; aussi vrai que dans les villages de l'intérieur du pays, plusieurs instituteurs ou professeurs n'ont pas d'adresse email, ce qui permet d'affirmer que la fracture numérique est bien une réalité !
La pénétration des TIC dans nos localités rurales ainsi que leurs utilisations constituent un enjeu majeur et plus poignant pour ce qui est relatif notamment à la consolidation de la démocratie par l'accès universel aux TIC. Ainsi, sur le plan politique, l'accès des TIC par les populations rurales permet d'approfondir les valeurs démocratiques, en créant une opinion publique locale.
Une chose est certaine : il peut consolider ainsi la participation du monde rural à la gouvernance démocratique, qui se sent souvent enclavée ou abandonnée. Certains pensent qu'avec l'influence des TIC, il est possible que l'Afrique rurale ait du mal à conserver encore des valeurs propres à elle non encore gravement altérées telles l'hospitalité, la disponibilité…
Cependant, en y réfléchissant profondément, on se rend compte que d'une manière paradoxale, la notion d'enclavement des régions renvoie certes à des réalités matérielles objectives (relief, distances, difficultés de communication…), mais ne peut être comprise que dans la dimension subjective et immatérielle de sa perception par les habitants. L'enclavement, c'est d'abord un sentiment, toujours douloureux, qui renvoie à la conscience d'un éloignement, d'une séparation, d'une exclusion même.
De fait, l'enclavement, ce ne sont pas seulement des difficultés, c'est l'idée que ces difficultés sont injustes, qu'elles témoignent d'une négligence ou d'un abandon. Le sentiment d'enclavement est donc particulièrement insupportable dans une civilisation de la technique qui prétend chaque jour abattre de nouveaux obstacles avec des possibilités énormes à faibles coûts. A cet égard, une analyse qui devra opter pour le moindre mal est pertinente !
Les TIC sont souvent considérées comme un moyen efficace de continuer à proposer certains services aux personnes habitants loin des centres urbains, elles permettent de gommer la distance qui existe entre les fournisseurs de services (l'ANPE, la Chambre d'agriculture, etc.) et leurs différents usagers et ainsi devenir un moteur d'innovation pour la mise en place de nouvelles relations entre les administrations, au sens large du terme, et les citoyens.
Cependant dans le contexte du développement ou de la relation Monde rural d'avec les TIC, une importance capitale devra être accordée aux interfaces avec les systèmes et les outils de communication traditionnels. Deux aspects de l'appropriation devraient être présents. En d'autre terme, une invention par les utilisateurs eux-mêmes ainsi qu'une adaptation des outils aux besoins et au contexte social.
La tâche devient plus grande quand on sait que pour assurer un accès du monde rural aux TIC, il faut des investissements et la formation des utilisateurs. Mais les coûts de fonctionnement doivent bien être couverts par les utilisateurs eux mêmes et il faudra être imaginatif pour trouver les moyens d'assurer la maintenance des installations.
La vulgarisation des TIC par l'initiative associative peut être une des solutions.
L'association part d'un besoin et le greffe aux TIC grâce à l'aide de la population demanderesse (d'abord), des bailleurs et pourquoi pas du gouvernement. Ainsi, la vulgarisation des TIC dans les communautés rurales sera plus ou moins facile.
L'accès à des informations pertinentes peut donner du pouvoir de choix aux villageois ; cependant, il est important de prioriser la participation de la communauté, non pas simplement dans l'opération des centres, mais de faire en sorte que les animateurs sont des membres de la communauté - ainsi que dans leur gestion - un comité de gestion pourra être établi entre des représentants publics du village et des membres des différents groupes sociaux de la communauté.
Une attention toute particulière devra être faite sur l'appropriation des outils par la communauté, ainsi elle pourra par exemple fournir un espace public exempt de loyer pour héberger éventuellement un centre et aussi couvrir les charges mensuelles d'électricité. Garder la centralité du principe d'inclusion est un défi important afin de permettre la perception de la pertinence et de l'utilisation des outils.
Les points d'accès développés dans les communautés rurales peuvent faire la liaison de communautés entre elles en s'appuyant sur des sources d'information et d'analyse dans des différents domaines. Les activités développées dans ces centres peuvent aller de l'éducation à distance à la télémédecine, en passant par des systèmes interactifs de conseil agricole. Ils peuvent également assurer la connectivité entre les divers acteurs, dans un cadre de partenariat permettant la définition et la diffusion de contenus cohérents avec les spécificités de chaque terrain.
Tout cela implique une bonne application des TIC, c'est-à -dire pour une application fondée à la fois sur l'utilité des informations pour les utilisateurs finaux et sur l'indépendance du développement des projets par rapport aux acteurs extérieurs.
Les technologies actuelles permettent un couplage de tous les médias, ce qui renforce l'accessibilité des populations aux différents services mis à leur disposition. En effet on peut fonctionner sur internet mais aussi permettre des échanges par téléphone portable en y intégrant une fonctionnalité audio. L'usager pourra recevoir un message l'invitant à appeler un numéro spécifique pour écouter un fichier audio avec les informations demandées etc. Une mise à jour permanente des informations est donc possible, ce qui pourra réduire en partie la paupérisation de la population rurale, car elle connaîtra les vraies valeurs de ses biens échangeables à tout moment. Un exemple concret de ce cas est la mise à jour constante des informations sur l'or à travers les médias, ce qui a permis aux acteurs du secteur de s'aligner sur les réalités de la bourse.
Plusieurs technologies existent pour faciliter l'accès des populations rurales aux TIC. Cela va des capacités filaires en passant par ceux optiques et aériens, tous de bonnes qualités et n'étant pas très onéreux. Aujourd'hui la pertinence de la déclaration politique, qui consiste à connecter toutes les communes du Mali, devient une évidence au regard des possibilités que cela offre aux populations.
Une voie de sortie en cas de famine… ?
Cependant il y a lieu de se poser la question suivante : "Est-ce qu'on pense vraiment que l'accès aux nouvelles technologies en soi pourrait être une voie de sortie en cas de famine dans ces zones rurales ?''. Il est clair que ces outils ne feront pas les semences les récoltes ou le réglage de la pluviométrie à la place des acteurs.
Cependant les TIC sont, entre autres, des moyens qui permettent de sortir de l'isolement, de l'ignorance, de s'affirmer, d'échanger, d'appeler au secours. En somme, d'aider son prochain et de s'aider. Et ce n'est pas parce qu'on "meurt de faim" qu'on ne doit pas s'instruire, qu'on ne doit pas avoir accès aux TICs.
Alioune Badara Traoré

