En 2008, le site de partage de vidĂ©os YouTube avait volontairement bloquĂ© l’accès Ă  une partie de ses services aux internautes installĂ©s en Afrique, en Asie, en AmĂ©rique latine et en Europe de l’Est, justifiant cette dĂ©cision par des raisons financières et le coĂ»t Ă©levĂ© de la diffusion des vidĂ©os. Cette annĂ©e, le tour est revenu Ă  la multinationale News Corporation, propriĂ©tĂ© du magnat Rupert Murdoch, qui a créé, pour ses abonnĂ©s installĂ©s hors AmĂ©rique, une version « test » (bas de gamme) de son cĂ©lèbre site web Myspace. Le nouveau site Internet sobrement baptisĂ© « Profil Lite » sera moins coĂ»teux Ă  entretenir et nĂ©cessitera moins de bande passante, affirme la compagnie qui oublie de prĂ©ciser qu’il offrira, dorĂ©navant, un service minimum dĂ©nuĂ© de l’entièretĂ© des applications et rubriques qui font le succès de Myspace.

De son côté, Facebook, l’autre réseau social en vogue, entend réduire (et donc altérer !) dans les mois qui viennent la qualité de visionnage, à partir de certaines régions, de vidéos et de photographies publiés sur ses pages Web, et cela dans un effort visant à réduire les lourdes dépenses en matière de bande passante également.

Cette énième discrimination à l’accès à la toile se fonde donc sur la faiblesse économique et financière des internautes des pays en voie de développement et sur la faiblesse de leur marché publicitaire continental.

Pour ces structures, comme pour toute entreprise médiatique ou fournisseur de contenu, la publicité constitue l’une des principales sources de revenus. Mais le secteur de la publicité est en difficulté. On y assiste depuis des mois à l’éloignement des annonceurs et au tarissement des investissements.




Touché de plein fouet

Signe des temps, le géant américain des médias Time Warner, propriétaire de AOL, a annoncé mercredi 29 avril un bénéfice en baisse, touché de plein fouet par la diminution des revenus publicitaires. Les géants se voient contraints de revoir leur stratégie de déploiement et de présence sur la planète, quitte à opter pour la consécration de la désuniformisation de l’internet.

Si au Nord on assiste à l’effondrement des investissements publicitaires, les perspectives au Sud sont encore moins reluisantes.

Comment faire face alors Ă  cette problĂ©matique Ă©mergente ? Incontestablement, la solution ne viendra pas de ces entitĂ©s Ă©conomico-financières. Elle repose avant tout sur l’action des acteurs Ă©tatiques et les efforts des organisations rĂ©gionales africaines, accouplĂ©s Ă  la stratĂ©gie continentale dĂ©veloppĂ©e par l’Union africaine, et appuyĂ©s, si possible, par d’éventuels partenaires internationaux. C’est cet ensemble architectural qui s’attaquera le mieux Ă  l’urgence de la rĂ©duction de la fracture numĂ©rique qui retarde l’édification de politiques Ă©ducationnelles effectives et pertinentes, et garantira l’égal accès pour tous aux meilleurs contenus de la toile, qu’ils soient gratuits ou payants.




L’importance d’accélérer le développement de l’infrastructure

Aujourd’hui, les Etats du continent sont appelés à accélérer à la fois le renforcement de leurs capacités technologiques et l’africanisation de la toile, c’est-à-dire la promotion de contenus africains. Sur le plan des infrastructures, comme l’a déjà prévu le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD), la priorité demeure l’installation de la fibre optique, qui représente le meilleur des moyens actuels pour transporter de très hauts débits d’informations numériques, avec en prime une durée de vie d’au moins quarante ans alors que celle des autres moyens de transport des communications varie entre sept et quinze ans.

« Il incombe aux banques de dĂ©veloppement et Ă  d’autres partenaires de financement de jouer leur rĂ´le lorsque les insuffisances retardent le dĂ©veloppement de la rĂ©gion », dĂ©clarait Ă  Kigali, en octobre 2007, le prĂ©sident de la Banque africaine de dĂ©veloppement (BAD), Donald Kaberuka, durant le sommet « Connecter l’Afrique » consacrĂ© aux moyens d’amĂ©liorer l’infrastructure des technologies de l’information et des communications (TIC) en Afrique, et notamment de renforcer la connexion Internet Ă  haut dĂ©bit sur le continent. L’infrastructure est essentielle pour la concrĂ©tisation de l’objectif d’inclusion numĂ©rique, assène-t-on dans les forums internationaux, alors que la concrĂ©tisation de cette nĂ©cessitĂ© tarde et que les dĂ©clarations en ce sens ressemblent de plus en plus Ă  des vĹ“ux pieux.

Si en 2002 a Ă©tĂ© inaugurĂ© le premier système de câbles sous-marins Ă  fibres optiques, long de 28000 km, reliant l’Afrique, l’Europe et l’Asie, tous les moyens n’ont pas Ă©tĂ© mis en Ĺ“uvre pour exploiter et rentabiliser cet outil. Il reste encore Ă  installer ce câble dans d’autres parties du continent, comme en Afrique de l’Est, oĂą les travaux d’installation du câble Ă  fibres optiques sous-marin n’ont dĂ©butĂ© qu’en 2008. Puis, après l’installation du câble, il revient aux Etats de poursuivre le dĂ©veloppement du rĂ©seau Ă  l’échelle nationale et rĂ©gionale. A quelques exceptions près, très peu de pays s’activent Ă  la rĂ©alisation de cette ambition. Ils devraient pourtant s’y atteler !

S’agissant de l’africanisation du Net, elle doit s’intégrer dans la démarche globale visant à la pleine appropriation des technologies de l’information et de la communication. Ce qui implique de favoriser l’émergence de la création locale de contenus Internet.

C’est à ce prix que les acteurs et investisseurs de l’internet s’ancreront, sans différenciation, sur le marché continental.

Ghislain Ondias Okouma

Docteur en Droit public. Consultant médias et politique. New York