- Yabiladi : Quel regard portez-vous sur la presse gratuite au Maroc ? - Mohamed Laraki : Certains l'attendaient avec impatience. D'autres auraient prĂ©fĂ©rĂ© qu'elle ne voit jamais le jour. La presse gratuite est une rĂ©ponse Ă  un constat alarmant au Maroc : seulement 350.000 ventes/jour pour la presse dite classique. Ces chiffres corroborent ceux de l’étude de l’OJD Maroc (1er Observatoire de la presse marocaine 2006) : elle montre des chiffres extrĂŞmement faibles pour un pays dont le potentiel est estimĂ© Ă  4/5 millions de lecteurs/jour. Donc mon regard ne peut ĂŞtre que satisfaisant puisqu’il apporte une rĂ©ponse concrète Ă  la faiblesse de la pĂ©nĂ©tration de la presse chez le public marocain. Cependant, ce nouveau mode d’accès Ă  l’information doit ĂŞtre pertinent sur le positionnement Ă©ditorial, qualitatif sur le contenu et efficace sur la distribution. 3 qualificatifs qui nĂ©cessitent des investissements lourds et des process de rĂ©alisation clairs.

- Quel rĂ´le peut jouer la presse gratuite sur le marchĂ© des marchĂ©s des mĂ©dias? - La presse gratuite va d’abord permettre Ă  une certaine frange d’accĂ©der Ă  la presse, non pas pour des raisons de pouvoir d’achat mais pour des raisons liĂ©es au rĂ©seau archaĂŻque de la distribution classique (kiosquiers). Une seule question Ă  poser Ă  vos lecteurs : combien de kiosques visibles et accessibles ont-ils sur leur chemin du bureau? Et vous comprenez tout de suite la faiblesse de la presse payante. Ensuite la presse gratuite s’installe avec des positionnements Ă©ditoriaux plus pratiques, plus sĂ©duisants pour le lecteur ou la lectrice, le succès de Plurielle est un exemple. Aujourd’hui, elle est une double rĂ©ponse efficace pour toucher la cible jeune et active 20-50 ans, particulièrement difficile Ă  atteindre via les mĂ©dias nationaux classiques, car adepte, plus que jamais, de la culture du zapping et de la consommation.

- Et si vous deviez parler du projet GEOMEDIA ? - Il rĂ©sulte de l’analyse des besoins des lecteurs en leur proposant des positionnements Ă©ditoriaux qui rĂ©pondent Ă  leurs attentes et surtout qui viennent complĂ©ter la paysage de la presse marocaine. Les 3 publications de GEOMEDIA, bien qu’elles soient gratuites, n’ont pas d’équivalent dans la presse payante qu’il s’agisse de Plurielle, un magazine contemporain et pratique, madeincity avec son positionnement urbain et branchĂ© et Sport hebdo avec un positionnement stratĂ©gique sur le sport qui est, peut-ĂŞtre, le positionnement le plus fĂ©dĂ©rateur chez les hommes en gĂ©nĂ©ral. Pour la distribution des magazines, le groupe possède Ă©galement un savoir-faire unique via sa sociĂ©tĂ© GĂ©ocible qui dispose d’une vĂ©ritable connaissance du terrain, d’une mĂ©thodologie de travail fiable et des moyens techniques et humains Ă  la hauteur. Cette expertise lui permet aujourd’hui de proposer ses prestations Ă  d’autres clients, la plupart des grands groupes qui lui rĂ©servent leur campagne de marketing direct et de gĂ©omarketing (distribution ciblĂ©e de leur distribution d’imprimĂ©s publicitaires). Le Groupe emploie aujourd’hui plus de 65 personnes.

- La presse gratuite ne vit que sur la base des revenus publicitaires. Difficile de tracer une frontière claire entre le traitement de l’information et les attentes des annonceurs ? - Votre question sous-entend que la gratuitĂ© exclurait-elle forcĂ©ment la qualitĂ© ou l’éthique journalistique ? Comme je vous le prĂ©cisais, nous sommes d’abord des titres de presse et nous sommes organisĂ©s de la mĂŞme manière que n’importe quel titre de presse qui se respecte et surtout qui respecte ses lecteurs pour le contenu que nous leur offrons. Comme tout journal, nous avons nos propres Ă©quipes rĂ©dactionnelles constituĂ©es par ailleurs de rĂ©dacteurs en chef de renom, de journalistes, etc. La gratuitĂ© n’est pas une fin en soi mais simplement un moyen de diffusion : Internet ou encore la tĂ©lĂ©vision et la radio qui pratiquent l'information gratuite depuis plusieurs dizaines d'annĂ©es, ne choquent personne ! Les modes d’accès Ă  l’information de plus en plus libres dĂ©montrent au moins une preuve supplĂ©mentaire de la coexistence inĂ©luctable entre les deux types de mĂ©dias.

Rachid Hallaouy Copyright Yabiladi.com