Pour la Ă©nième fois, le sujet de la mesure d’audience en Tunisie revient sur le tapis. Il est urgent et impĂ©rieux de doter le pays d’un outil de mesure fiable, transparent et consensuel. Contrairement aux prĂ©cĂ©dentes fois, le sujet n’a pas Ă©tĂ© Ă©voquĂ© sur un fond de polĂ©mique et de contestation de rĂ©sultats. A l’initiative de la chambre Syndicale Nationale des Agences de Communication Publicitaire (SAPA), l’ensemble des acteurs concernĂ©s (mĂ©dias, agences de pub et annonceurs) se sont rĂ©unis vendredi 20 juin Ă  l’Acropole pour observer les expĂ©riences française et marocaine et essayer de trouver une solution au problème. Les questions qui taraudent l’ensemble des parties sont connues : qui regarde quoi, oĂą, comment, quand et dans quelles conditions ? Faut-il investir dans une campagne publicitaire Ă  la tĂ©lĂ©vision, Ă  la radio, dans la presse Ă©crite ou dans la presse Ă©lectronique ? Quel retour sur investissement chacun de ces supports assure-t-il Ă  un annonceur ? Comment toucher un public-cible ? OĂą se trouve ce public-cible ? Quelle stratĂ©gie mener face Ă  ces nouveaux mĂ©dias - les journaux Ă©lectroniques - qui enrichissent quotidiennement le paysage ?

Des questions qui n’arrivent Ă  trouver, en 2008 encore, que des rĂ©ponses approximatives de la part de Sigma et de MĂ©diascan. Des rĂ©ponses reflĂ©tant plutĂ´t des tendances que des rĂ©alitĂ©s. La faute n’est pas dans la manière de travailler de ces deux agences, loin de lĂ  ! La dĂ©faillance est Ă  chercher plutĂ´t dans le manque de moyens dont disposent ces agences et du marchĂ© fort restreint oĂą elles Ă©voluent. Pour les professionnels invitĂ©s de la Sapa, il s’agit de trouver une solution dĂ©finitive et rĂ©soudre ce problème. Les multiples parties concernĂ©es ont rĂ©pondu prĂ©sent Ă  l’appel : Etat (ministère du Commerce, ministère de la Communication, Conseil supĂ©rieur de la Communication), grands annonceurs (Tunisiana, DĂ©lice, etc.), mĂ©dias (Tunis 7, MosaĂŻque, Jawhara et presse Ă©crite et Ă©lectronique) et enfin agences et rĂ©gies. Mieux encore ! Les deux agences de mesures (Sigma et MĂ©diascan) Ă©taient Ă©galement prĂ©sentes, montrant leur dĂ©termination Ă  aller de l’avant et Ă  se joindre Ă  tout projet pouvant faire avancer le secteur. La prĂ©sence de l’ensemble de ces acteurs est essentielle pour trouver une solution Ă  la problĂ©matique de la mesure d’audience car rien ne saura se faire comme il se doit sans leur implication directe dans le projet. En effet, et comme le rappelle Henri False, PDG de MĂ©tric Line, filiale de MĂ©diamĂ©trie, il existe une charte mondiale des annonceurs qui recommande la crĂ©ation d’une structure associant des reprĂ©sentants de l’ensemble des acteurs du marchĂ© : mĂ©dias, annonceurs et agences. C’est le cas de MĂ©diamĂ©trie dont le capital est essentiellement dĂ©tenu par les chaines de tĂ©lĂ©vision (35%), les radios (27%) et les agences et annonceurs (35%). Outre cette prĂ©sence dans le capital, il y a des comitĂ©s interprofessionnels par mĂ©dia, y compris les nouveaux, pour dĂ©fendre la position de chaque acteur du marchĂ© au sein de MĂ©diamĂ©trie. L’exemple français (qui n’est qu’un exemple et non un modèle) a Ă©tĂ© reproduit avec grand succès au Maroc. Il semble fort que l’on soit dĂ©terminĂ© Ă  aller dans ce sens en Tunisie. Afifa Chihaoui, prĂ©sidente de la Sapa, est optimiste Ă  ce sujet et aimerait crĂ©er cette entitĂ© dans les mois qui viennent. La prĂ©sence massive, et de haute qualitĂ©, de l’assistance est, Ă  vrai dire, très motivante pour aller de l’avant et dresser dans les plus brefs dĂ©lais les grandes lignes de ce projet.

Que faut-il pour ce faire ? Surtout, que faut-il pour que l’outil en question soit capable de rĂ©pondre aux besoins actuels et futurs du secteur avec la naissance de nouveaux supports : journaux Ă©lectroniques, web TV, web radio, tĂ©lĂ© sur mobile, tĂ©lĂ© diffĂ©rĂ©e avec des dĂ©codeurs enregistreurs, etc. ? Pour Henri False, la mesure d’audience doit ĂŞtre unique et consensuelle entre les diffĂ©rentes familles concernĂ©es : chaĂ®nes de tĂ©lĂ©vision, rĂ©gies, opĂ©rateurs, annonceurs, agences conseil, etc. « C’est une sorte de monnaie unique du marchĂ©, dit-il, qui doit ĂŞtre consensuelle pour clarifier les discussions entre les diffĂ©rents opĂ©rateurs. Ceci est vrai pour la tĂ©lĂ©vision, la radio, Internet et l’affichage. » Autres impĂ©ratifs soulignĂ©s par False, la transparence et l’identification des pĂ©rimètres de la mesure, de la dimension statistique, des rĂ©sultats Ă  communiquer Ă  l’extĂ©rieur, etc. Il rappellera aussi que la sociĂ©tĂ© qui fournit les statistiques ne doit en aucun cas avoir une ambiguĂŻtĂ© dans son rĂ´le : en aucun cas, elle ne doit donner du conseil et se doit de rester neutre et fiable. Concrètement, pour la Tunisie, il s’agira, pronostique-t-on, de crĂ©er une sorte de « TunismĂ©trie » dont l’actionnariat sera composĂ© par les mĂ©dias, les annonceurs et les agences et rĂ©gies. En clair, tout le monde. La Sapa a pris l’initiative d’organiser la rencontre et tout porte Ă  croire que la chambre syndicale ne s’arrĂŞtera pas Ă  ce stade. Elle continuera, sous la houlette de sa prĂ©sidente et de son secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral, Lotfi Zeghdana, mais aussi de ses adhĂ©rents et partenaires, Ă  donner vie Ă  ce projet en pilotant sa crĂ©ation : « Un an Ă  un an et demi au grand maximum », parie Afifa Chihaoui. Quand on connait son expĂ©rience, sa dĂ©termination Ă  mener Ă  terme (et bien) les projets, son entourage, son carnet d’adresse et les membres de la chambre syndicale, il n’est pas hasardeux de dire qu’elle pourra rĂ©ussir, mĂŞme avant un an et demi. Elle a, d’ailleurs, d’ores et dĂ©jĂ , obtenu le soutien de quelques uns de ses pairs et l’adhĂ©sion de principe des autres acteurs du marchĂ©.