Un petit nombre de Gouvernements Africains ont marqué leur différence en soutenant d’importants projets mais la majorité d’entre eux sont à la traîne lorsqu’il s’agit de la réalisation de gros projets. Russell Southwood analyse pourquoi certains Gouvernements sont passés à l’action tandis que d’autres se contentent de beaux discours.

Changer une économie à travers l’introduction de nouvelles technologies de l’information et de la communication resort d’un exercice périlleux de jonglage. Sans communications, services et applicatifs, il est difficile d’atteindre une masse critique. Sans cette masse critique, il n’y a personne avec qui correspondre, ou échanger des informations, mais pourquoi s’en soucier en fin de compte. Et tout cela ce n’est que le début. De meilleures choses restent à venir si les Gouvernements africains améliorent la fourniture de services.

Le secteur privé est capable de pleins d’initiatives mais même en Afrique il ne s’investit pas dans des projets risqués et ne s’engage pas dans des secteurs qui seront porteurs demain. Il suffit de se rappeler les promesses impétueuses faites par les opérateurs de télécommunications lors de la conférence “Connect Africa” qui s’est tenue à Kigali, l’année dernière. Il est peu probable qu’ils construiront rapidement de larges réseaux sans fil et poseront plus de fibres optiques. Ils vont se satisfaire de répondre à la demande dans les zones urbaines et de connecter les principales villes entre elles. La protection des investissements des actionnaires est primoridiale et il serait surprenant qu’ils changent de stratégie.

Pour les Ă©conomies africaines dont le taux de croissance est supĂ©rieur Ă  celui de la moyenne mondiale, il est important de mettre en place une nouvelle infrastructure NTIC pour soutenir les changements qui interviennent en ce moment dans leur Ă©conomie. L’accès Ă  de la fibre optique est vital dans la nouvelle donne d’une Ă©conomie globale : la rupture, la semaine dernière, du câble de fibre optique reliant l’Afrique du Nord et l’Asie illustre nĂ©gativement cet impĂ©ratif.

Durant les cinq dernières années, les Présidents et Ministres africains ont tenu des discours sur l’importance des NTIC et leur mise en oeuvre pour créer de nouveaux emplois. Si les mots se traduisaient en argent, l’Afrique serait plus riche qu’elle ne peut se l’imaginer. Une partie de ce “bla-bla-bla” a débouché sur de nouvelles initiatives mais dans la majorité des pays, les bonnes paroles sont restées sans suite. En Afrique de l’Est, le Kenya et l’Uganda ont récemment pris la décision de construire leur propre infrastructure nationale. Le Kenya a décidé de mettre en place son propre réseau national de fibre optique.

Stimulée par la Coupe du Monde de Football en 2010, l’Afrique du Sud a des projets de fibre optique pour la côte Ouest du continent et elle a institué l’organisme Infraco pour gérer l’offre en connexions haut débit dans le pays. Pour satisfaire ses besoins grandissants de connectivité, l’Angola songe à investir dans un satellite russe. Le Nigeria vient de lancer Nigcomsat et a chargé Galaxy Backbone d’assurer la fourniture de connexion Internet à l’administration.

Ces initiatives ne sont pas au-dessus de toutes critiques et certaines sont mĂŞme questionnables. Il n’en reste pas moins que certains pays ont pris des mesures pour dĂ©velopper leur infrastructure plutĂ´t que de tenir de beaux discours sur ce qui devrait ĂŞtre fait. Ces pays sont l’exception et non pas la règle gĂ©nĂ©rale. Ils font partie des pays Ă  croissance accĂ©lĂ©rĂ©e qui disposent soit de ressources pĂ©trolières soit d’économies dont la prospĂ©ritĂ© ne repose pas seulement sur l’industrie minière. Bien que les revenus issus de l’extraction minière soient bien repartis entre les pays du continent africain, un bon nombre d’entre eux ne semblent faire aucun effort pour aller de l’avant. Les pays restants ont quant Ă  eux des excuses toutes faites : le manque d’argent, le manque d’éducation, la corruption et bien d’autres maux. Toutefois si le NigĂ©ria et l’Uganda soutiennent ces changements pourquoi n’en est-il pas de mĂŞme au Gabon ou au Ghana ?

RĂ©aliser des changements dans le secteur des NTIC resort d’une formule chimique qui inclut le Gouvernement et d’autres en combinaison avec ce que les consultants qualifient de « vision » mais qui plus simplement s’appelle de « l’imagination ». Les pays prenant des initiatives, ont eu le courage d’imaginer que leur pays puisse Ă©voluer d’une situation de victime en un endroit attirant oĂą il fait bon vivre et travailler. Paul Kagame, le PrĂ©sident du Rwanda n’enflamme pas les salles avec ses discours mais il a compris que si son petit pays, le Rwanda, veut trouver sa place dans l’économie mondiale, il est nĂ©cessaire de travailler dur pour offrir les conditions permettant de rĂ©aliser cet objectif. Le succès n’est pas assurĂ© mais au moins il ne peut pas ĂŞtre accusĂ© de ne pas avoir essayĂ©.

Avoir un Gouvernement qui fait quelque chose suppose d’avoir des personnes dévouées en place. En premier lieu il faut un Président qui ne prononce pas seulement des discours mais qui apporte aussi un soutien politique et des ressources pour que les choses se fassent. L’Afrique use toujours d’un système décisionnel centralisé et sans le soutien présidentiel personne ne vous prend au sérieux.

Ensuite il faut un Ministre prêt à utiliser le soutien présidentiel pour motiver le personnel administratif quelque peu indolent et sans sens de la responsabilité dans le Ministère en question pour qu’ils engagent un dialogue avec les acteurs du secteur privé et d’autres pour définir ce qui doit être fait et comment le faire. Un Ministre n’est pas grand chose sans un personnel administratif énergique et articulé capable de “porter son message”, de répondre rapidement aux parties intéressées et d’assurer avec succès la gestion des initiatives.

Etes-vous tous prĂŞts Ă  y aller ? Non ! Un Gouvernement avec un système dĂ©cisionnel allant du haut vers le bas n’attire pas beaucoup d’audience. Il lui faut un secteur privĂ© vivant et critique capable de faire des demandes et de transformer des projets. En parallèle, il faut une sociĂ©tĂ© civile qui dĂ©fende les intĂ©rĂŞts non commerciaux tels que l’éducation et la santĂ©. Chacun, Ă  son propre niveau doit rĂ©aliser la diffĂ©rence entre une bonne rĂ©union et achever quelque chose. Il est temps de mettre de cĂ´tĂ© les discours de fĂ©licitations entre Ministres pour se concentrer sur un petit nombre de projets et en assurer leur rĂ©alisation.

Dans une évaluation subjective menée par Balancing Act dans 16 pays de l’Afrique de l’Ouest, deux pays seulement (le Nigéria et le Sénégal) remplissent les conditions décrites ci-dessus. Le second, cependant, ne dispose pas d’un secteur privé des TIC très florissant en raison de la dominance de la Sonatel, l’opérateur historique. Le Ghana dispose d’une économie assez large pour réussir mais quelques soient les raisons le pays n’arrivent pas vraiment à traduire les bonnes paroles en volonté politique et ensuite en actes. La majorité des autres pays ont quelques fortes personnalités dans l’administration et parfois au niveau ministériel mais tous manquent un soutien présidentiel et/ou l’adhésion du secteur privé et de la société civile.

Presque toutes ces économies de second rang manquent de réponses imaginatives lorsqu’il s’agit de soutenir le développement des NTICs pour construire un environnement plus accueillant. Certains pays comme le Mali ont mis en place des petits projets-type (un centre d’appels soutenu par le Gouvernement) mais ces projets(ou un ensemble de petits projets) ne vont pas vraiment influencer l’avenir de ces pays. Et s’il vous plait, ne venez pas m’embêter avec la question de l’absence de financement dans la mesure ou des fonds privés et publics sont disponibles pour ceux qui ont des idées et l’énergie pour les attirer. Des économies ouvertes avec des idées quant à futur valent plus dans une économie globale.

Pour des entreprises privées, tels que les opérateurs de télécommunications ou des sociétés d’ingénieurie informatique, vendre des services reste compliqué à cause du nombre d’obstacles à surmonter dans ces économies. Pour le propriétaire d’une petite société de fournisseur d’accès Internet (FAI), il s’agit non seulement d’être le dirigeant commercial de l’entreprise mais aussi l’avocat bénévole dans la lutte continue en faveur d’une meilleure politique des NTICs.

Les grandes sociétés comme Cisco, Google et Microsoft ont compris qu’ils ne vendent pas seulement un ensemble d’équipements et de services mais qu’ils participent à créer les conditions d’un marché plus ouvert favorable au développement. La semaine dernière, Microsoft et le Centre Africain d’Etudes Supérieures en Gestion (CESAG) ont signé un accord de principe dont le but de fournir des formations supérieures en stratégie NTIC dans les pays d’Afrique de l’Ouest et Central (voir article dans la section informatique).

Nicol Woodward, le directeur technique rĂ©gional Ă  Microsoft est chargĂ© d’influencer les gouvernements dans 10 domaines stratĂ©giques diffĂ©rents : l’interopĂ©rabilitĂ©, l’identification, la protection des donnĂ©es personnelles, l’innovation, la protection des droits intellectuels, l’accessibilitĂ©, l’allocation de frĂ©quences, les normes, les formats et le GAP. Qu’est-ce qui se cache derrière cet acronyme ? Il illustre la façon que Microsoft utilise pour analyser un Gouvernement en tant que preneur de dĂ©cision, son influence et sa capacitĂ© d’achat. Le G est pour la gouvernance tandis que le A symbolise l’architecture dĂ©finissant les règles pour mettre tout le monde en rĂ©seau. P quant lui encadre le système de procuration.

Comme pour tant d’autres vendeurs, il s’agit tout Ă  la fois d’établir un dĂ©bat et de rĂ©colter les fruits issus d’un tel dialogue. Bien sur chaque sociĂ©tĂ© a pour objectif de vendre mais de moins suivant le principe que “ nous avons raison et vous autres avez tous tord”. Le dĂ©veloppement d’un Ă©conomie rĂ©ussie suppose des discussions complexes mais vitales sur des sujets aussi divers que la propriĂ©tĂ© intellectuelle, la piratie et le soutien Ă  l’innovation. Les rĂ©ponses des dĂ©cideurs politiques dans ces discussions sont liĂ©es : il suffit d’un faux-pas et la rĂ©ussite devient plus difficile ensuite.

Nicol Woodward nous a dit par exemple “qu’au Nigéria, nous avons des discussions poussées en matière de propriété intellectuelle et de copie de contenu numérique. C’est le même cas de figure en Angola. Ce sont des économies en plein développement qui souhaitent bien faire les choses. Nous souhaitons expliquer notre point de vue mais quand il s’agit d’acheter ils disposent de toutes les informations pour prendre leur décision”.

Bien évidemment, ce n’est pas seulement Microsoft qui peut expliquer ces problèmes mais considérant le bas niveau de compréhension dans beaucoup de pays, il n’en reste pas moins que la discussion doit bien prendre un point de départ. La question de la limitation de la publicité dans ce genre de débat empêche que chacun donne son point de vue dans le processus décisionnel.

Pour les défendeurs des logiciels libres, la difficulté réside dans leur conviction qui souvent les amène oublier qu’il s’agit d’une discussion à deux sens. Les défenseurs avertis du logiciel libre comme Microsoft croient qu’il leur est possible de remporter le débat sur la base de leur argumentation. Quelle que soit la voie que vous choisissez, il vous faut une économie florissante avec de l’expérience et des ressources pour qu’un tel débat en vaille la chandelle.

Alors, si l’Afrique veut avoir des économies plus ouvertes et dynamiques pour surfer sur la vague de l’économie mondiale (en expansion ou en contraction), il lui faut des opérateurs internationaux (et régionaux) TIC suscitant plus d’intérêts pour le continent. Quant à ses hommes politiques, il leur faut comprendre que des bonnes paroles ne suffisent pas pour nourriture.

Source :

Balancing Act :http://www.balancingact-africa.com/news/french.html#internet