Lâinvestissement publicitaire brut sâĂ©lĂšve en Tunisie Ă 139 millions de dinars, sa croissance est le double de celle du PIB en 2009. Le secteur de la communication commerciale emploie prĂšs de 5 000 employĂ©s en Tunisie dans des mĂ©tiers aussi divers que la crĂ©ation publicitaire, la production audiovisuelle, le mĂ©dia planning, etc. Son potentiel de dĂ©veloppement est immense, il repose sur lâouverture des espaces mĂ©dias au secteur privĂ©, dâune offre mĂ©dias adaptĂ©e aux diffĂ©rents auditoires, et une libertĂ© dâexercice propice Ă lâaccĂšs Ă lâentreprenariat et la crĂ©ation dâemplois.
Le poids relativement faible de la publicitĂ© dans lâĂ©conomie de la Tunisie trahit une rĂ©alitĂ© toute autre. En plus de sa visibilitĂ©, il sâagit en effet dâun excellent marqueur de lâĂ©tat de la libre concurrence des diffĂ©rents marchĂ©s intĂ©rieurs.
Un niveau Ă©levĂ© du ratio Investissements Publicitaires rapportĂ©s au PIB indique lâexistence dâune saine concurrence entre opĂ©rateurs dâune mĂȘme branche dâactivitĂ©, lâabsence de monopoles voire dâoligopoles ou de positions dominantes sur les marchĂ©s.
Cela indique aussi la profondeur et le dynamisme du marché intérieur du pays ainsi que son ouverture sur les produits et services des multinationales.
Toutes ces conditions sont rĂ©unies dans le cas marocain et beaucoup moins dans le cas tunisien malgrĂ© un espace dâexpression publicitaire assez dĂ©veloppĂ© en Tunisie avec un secteur audiovisuel privĂ© relativement plus fort, une connectivitĂ© Ă Internet en cours de rattrapage et une rĂ©glementation gĂ©rĂ©e par le ministĂšre de lâEquipement et des municipalitĂ©s concernant lâaffichage urbain relativement plus sophistiquĂ©e, et surtout malgrĂ© un niveau de vie du consommateur tunisien exprimĂ© par lâindicateur de paritĂ© pouvoir dâachat 1,5 fois supĂ©rieur Ă celui dâun Marocain.
Le champ de crĂ©ativitĂ© publicitaire et lâĂ©tendue des interdits sociaux en Tunisie et au Maroc sont quasi les mĂȘmes, la maĂźtrise technologique en la matiĂšre est largement comparable, pourtant le ratio IP/PIB est 3 fois plus important au Maroc quâen Tunisie.
Pis encore, les investissements publicitaires par habitant sont quasiment le double au Maroc quâen Tunisie.
Il est lĂ©gitime de se poser la question sur lâorigine de ces Ă©carts. Dâabord il y a lâantĂ©rioritĂ© et la maturitĂ© du marchĂ© publicitaire marocain, ensuite, il y a la prĂ©sence des multinationales dont les QG nord africains sont souvent Ă Casablanca plutĂŽt quâĂ Tunis, et surtout le modĂšle Ă©conomique chĂ©rifien plutĂŽt basĂ© sur le dynamisme du marchĂ© intĂ©rieur et oĂč la Tunisie a misĂ© sur lâexportabilitĂ© de ses biens et services et nâencourage pas la consommation des mĂ©nages.
LâĂ©troitesse du marchĂ© tunisien favorisant lâĂ©mergence de champions locaux en prĂ©sence de challengers plutĂŽt faibles, conjuguĂ©e Ă la prĂ©sence dâoffices et dâagences de lâEtat monopolisant des secteurs entiers de lâĂ©conomie marchande telle que lâĂ©nergie, lâeau, lâassainissement, ⊠ainsi que certaines lĂ©gislations protectrices telles que le contingentement de lâimportation des vĂ©hicules neufs, ou encore lâimplantation libre dâinstitutions bancaires et financiĂšres Ă©trangĂšres, ⊠le tout faisant ne favorise pas assez la culture du choix, base du concept publicitaire.
Un gisement immense pour le marché publicitaire en Tunisie
Mais si on extrapole le niveau de lâinvestissement publicitaire tunisien Ă travers le prisme marocain en tenant compte seulement du niveau de vie des consommateurs, on se retrouve avec un potentiel de marchĂ© de lâordre de 274 millions de dinars, soit exactement le double du niveau du marchĂ© actuel.
Est-ce possible dâatteindre cette barre symbolique ? La rĂ©ponse est bien Ă©videmment oui. Oui, car quand on voit le potentiel offert par les diffĂ©rents supports des mĂ©dias actuels en Tunisie, on comprend que cet objectif est possible et peut ĂȘtre atteint assez rapidement.
Pour le cas de la tĂ©lĂ©vision, le day time et lâaccess prime time ne sont exploitĂ©s ni par les tĂ©lĂ©visions publiques ni privĂ©es. Sâagissant de Tunisie 21, voila un support TV couvrant 100% du territoire via les moyens terrestres et satellitaires et largement sous utilisĂ©. Il se rĂ©anime seulement au mois de Ramadan.
Hannibal TV possĂšde des Ă©missions phares en prime time, mais certains soirs, la grille ne propose pas dâĂ©missions permettant de capter dâune maniĂšre plus massive lâauditoire tunisien, elle peut doubler facilement son potentiel dâaudience et donc de recettes publicitaires sur le crĂ©neau du prime time seulement.
Nessma TV, en adaptant la grille de programmes dâune maniĂšre Ă coller aux diffĂ©rents faisceaux horaires Ă chaque pays du Maghreb : 18h-20h pour la Tunisie, 20h-22h pour lâAlgĂ©rie et 22h-00h pour le Maroc, chaque auditoire local trouvera son compte et la chaĂźne progressera en audience sur chaque sous-marchĂ© tout en gardant sont Ă©ditorial pan maghrĂ©bin qui fait la marque de la chaĂźne.
La Tunisie compte actuellement 400 000 abonnĂ©s ADSL, ce qui a cantonnĂ© la publicitĂ© sur Internet aux produits et services hauts de gamme telle que la tĂ©lĂ©phonie corporate, lâautomobile, la banque et lâInternet.
Or, on sait que le plus gros du marchĂ© publicitaire est fait de produits de grande consommation, et celle-ci table sur la masse et les mass-mĂ©dias. Le taux dâĂ©quipement en lignes ADSL de la Tunisie progresse relativement vite pour atteindre le million dans les 2 ans qui suivent.
Les annonceurs de lâalimentaire, des produits dâhygiĂšne et dâentretien mĂ©nager entreront en jeu et les investissements publicitaires sur Internet exploseront, Ă condition de crĂ©er lâoffre de supports adĂ©quate entre sites web portant sur lâart de vivre, la dĂ©co, la santĂ©, lâĂ©ducation, âŠ
De plus le paysage radiophonique tunisien permet aisĂ©ment lâĂ©mergence dâune radio privĂ©e Ă Sfax et mĂȘme une deuxiĂšme Ă Tunis auprĂšs de MosaĂŻque FM, la chaĂźne radio pionniĂšre du secteur privĂ©.
Enfin, la dĂ©rĂ©glementation du secteur en passant de lâagrĂ©ment au cahier des charges a fait booster lâindustrie publicitaire et lui a permis de prĂ©tendre durablement au dĂ©veloppement et de constituer un levier dâessor des autres secteurs dâactivitĂ©s Ă©conomiques que compte le pays avec lâĂ©mergence dâune nouvelle gĂ©nĂ©ration dâagences de communication gĂ©rĂ©es par des jeunes crĂ©atifs, trĂšs versĂ©s vers les technologies, Ă qui il faut transmettre les bons signaux : imagination crĂ©ative, dĂ©ontologie, Ă©thique et perfectionnisme au niveau de lâexĂ©cution.
Hassen Zargouni